01/04/2022
TIENS, UN DAUPHIN !
Au centre de nos relations sociales, nous définissons ce que nous sommes, boulangère, secrétaire, ingénieur. Des fils invisibles nous lient avec chaque client, notre hiérarchie, et aussi chaque membre de notre famille, chacun de nos amis, et chacun de ces groupes, pour lequel nous avons un statut particulier. Des fils et des ensembles de fils sociaux par lesquels nous existons. Notre perception de nous même en est le résultat.
Nous souhaitons une vie différente, mais si nous changeons, nous modifions la nature de chacun de ces liens. Ces fils sociaux deviennent des haubans à notre ego. Nous imaginons l’absence des haubans de ces liens sociaux autour de nous, et nous ressentons le vide. Alors, pesons dans ce vide le poids du repère que nous faisons du regard de l’autre. Le personnage est un masque, et derrière ce masque qu’y a-t-il ?
Imaginons les mêmes sortes de liens autour de nous, mais cette fois avec les êtres lumineux et massifs de la lune, du soleil, des étoiles. Nous sommes liés à la lune, nos humeurs sont affectées à la pleine, à la nouvelle lune. Idem par le changement des saisons, c’est le résultat de notre course autour du soleil. Au regard de ces nouveaux repères, les changements que nous appelons de nos vœux sont-ils moins terrifiants ?
Continuons ce zoom arrière et percevons nous, non plus de notre centre mais d’un peu plus haut, comme une vague dans l’océan des autres vagues que sont les humains dans le flux de l’humanité. Je suis toujours boulangère, facteur, enseignant. Mais, poussé par le vent, tiré par la lune, bercé par la rotation de la terre, orienté à l’infini comme le pendule de Foucault, ma trajectoire peine à se maintenir avec des haubans.
Tirée par un millier de fils invisibles attachés à des molécules de ma vie, ma vague se déforme. Ballotée, écartelée, elle que je croyais protéger des changements, entre en collisions, en colère d’être incomprise ou en dépression de sens. Nos méridiens s’étirent, nos organes sont comprimés. C’est la maladie. Le monde ne tourne pas rond, c’était mieux avant. Le changement fait si peur. On canalise la peur sur du concret, et on se bat.
On se bat pour maintenir nos frontières, les limites de notre vague aux points de pressions de l’océan. On se bat pour guérir, pour augmenter son chiffre d’affaire, pour maintenir la distance avec son mari, parce qu’on nous a appris qu’il faut se battre, pour être fort, pour être fier, on se bat surtout parce qu’on a appris à se battre. Mais cela renforce le sentiment de notre prise avec l’extérieur, donc du devoir de se battre.
Cette fable pourrait en être une, mais nous sommes cette vague. Nous sommes constitués d’eau en majorité, comme elle. Certes nous sommes soumis en partie à un métier, à une éducation, au prix du gasoil et des courgettes. Mais comme elle également, à l’influence de la lune, du soleil. La vie nous dessine une personnalité au crayon. Nous repassons au feutre. Nous avons peur de nous dissoudre et nous agrippons des haubans.
Tiens, un dauphin, si on lâchait pour jouer avec lui ?