14/07/2026
Ils comptent les morts. Jamais ceux qui nâont pas pu fuir.
Les flammes ravagent nos forĂȘts. Encore. Toujours. Et pendant que lâhumain compte ses pertes, personne ne compte les leurs.
Des animaux sauvages brĂ»lent vivants. Dâautres agonisent, blessĂ©s, cachĂ©s dans ce qui reste de leur habitat, loin de tout secours. Aucun protocole. Aucun plan. Aucune volontĂ©.
Je me souviens de 2022. Des feux de Gironde. JâĂ©tais sur le terrain, Ă me battre pour sauver ce qui pouvait lâĂȘtre. Des prĂ©fets fermĂ©s. Des maires sourds. Des pompiers eux-mĂȘmes, parfois, obligĂ©s de constater quâil nâexistait rien, absolument rien, pour organiser un sauvetage animalier. Rien. Seulement eux, face Ă la dĂ©tresse animale, face aux flammes, avec leur connaissance du terrain pour essayer de sauver ce qui pouvait lâĂȘtre, pour faire les bons gestes, seuls, sans moyen dĂ©diĂ©.
Le bilan officiel ? Aucune victime. Aucun mort. Comme si les centaines dâanimaux calcinĂ©s nâavaient jamais existĂ©. Comme si la biodiversitĂ© ne comptait pas parmi les vivants quâon protĂšge.
On pleure les vies humaines, Ă raison. Mais la faune et la flore ne sont pas un dĂ©cor. Ce ne sont pas des dommages collatĂ©raux. Câest un massacre silencieux, quâon efface annĂ©e aprĂšs annĂ©e.
Un incendie ne sâarrĂȘte pas quand les flammes sont Ă©teintes. Il continue aprĂšs, dans les sols stĂ©rilisĂ©s, dans les nids dĂ©truits, dans les terriers effondrĂ©s sur les petits qui nâont pas pu fuir. Il continue dans le silence des forĂȘts qui ne chantent plus.
Et pendant ce temps, lâadministratif se protĂšge derriĂšre des statistiques qui nâincluent jamais une seule vie non-humaine. Pas de compteur. Pas de recensement. Pas de responsabilitĂ©.
Et derriĂšre chaque animal sauvĂ©, il y a des centres de soins pour la faune sauvage. Ce sont eux qui rĂ©cupĂšrent les blessĂ©s, qui soignent les brĂ»lures, qui redonnent une chance Ă ce que le feu a essayĂ© de dĂ©truire. Un combat incroyable, menĂ© par des bĂ©nĂ©voles et des soigneurs Ă©puisĂ©s, avec des bras et un cĆur immenses mais des moyens dĂ©risoires. Aucune aide financiĂšre digne de ce nom de la part de lâĂtat. Ils tiennent Ă bout de bras, sur des dons, Ă la sueur de leur front, sur une volontĂ© que personne ne devrait porter seul.
Les associations de protection animale qui se dĂ©vouent, jour et nuit, pour alerter, pour organiser, pour mettre en place ce que les autoritĂ©s refusent de penser. Et ces habitants, simples riverains, qui Ćuvrent comme ils peuvent, avec les moyens du bord, pour aller chercher ces animaux retrouvĂ©s bien plus loin des forĂȘts, abattus par lâĂ©puisement, dĂ©shydratĂ©s, brĂ»lĂ©s.
Ce sont eux, le dernier rempart. Ce sont eux qui portent ce que lâĂtat abandonne.
La biodiversitĂ© brĂ»le. Et lâindiffĂ©rence brĂ»le avec elle.
Ces animaux visibles, mais trop souvent ignorĂ©s. On les voit fuir, on les voit tomber. Et pourtant, on continue de les ignorer, annĂ©e aprĂšs annĂ©e, feu aprĂšs feu, comme si lâoubli Ă©tait une politique publique.
Il est temps que les protocoles de sauvetage animalier deviennent une obligation, pas une option quâon nĂ©gocie sur le terrain, seul, face Ă des autoritĂ©s qui regardent ailleurs. Il est temps que les centres de soins et les associations soient soutenus Ă la hauteur du combat quâils mĂšnent, et que la faune sauvage soit intĂ©grĂ©e aux plans de gestion de crise, au mĂȘme titre que nâimporte quelle vie quâon prĂ©tend protĂ©ger.
Ce combat, je ne lâai pas arrĂȘtĂ© en 2022. Et je ne compte pas lâarrĂȘter maintenant.