31/05/2026
𝗘̂𝘁𝗿𝗲 𝗰𝗮𝗿𝘁𝗲́𝘀𝗶𝗲𝗻 𝗼𝘂 𝗰𝗿𝗼𝗶𝗿𝗲 ?
Être cartésien, c’est adopter une démarche fondée sur la raison, la rigueur et la méthode. Le cartésien cherche à comprendre le monde en s'appuyant sur une réflexion logique plutôt que sur les apparences, les intuitions ou les croyances.
Cette attitude trouve son origine dans la pensée du philosophe français René Descartes qui, dans son 𝐷𝑖𝑠𝑐𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑚𝑒́𝑡ℎ𝑜𝑑𝑒 publié en 1637, propose quatre règles destinées à guider l’esprit vers des connaissances solides et fiables.
Ces règles sont les suivantes :
1. 𝐋𝐞 𝐝𝐨𝐮𝐭𝐞 𝐦𝐞́𝐭𝐡𝐨𝐝𝐢𝐪𝐮𝐞 : ne jamais tenir pour vrai ce qui ne se présente pas à l'esprit avec une évidence suffisante.
2. 𝐋'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞 : diviser chaque difficulté en autant de parties qu'il est nécessaire pour mieux la résoudre.
3. 𝐋𝐚 𝐬𝐲𝐧𝐭𝐡𝐞̀𝐬𝐞 : conduire sa pensée progressivement, en allant du plus simple au plus complexe.
4. 𝐋𝐚 𝐯𝐞́𝐫𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : effectuer des dénombrements complets et des révisions générales afin de n'omettre aucun élément.
💫✨Si l'on s'arrête à cette définition, le contraire du cartésien pourrait être le rêveur, le mystique, l'irrationnel ou encore le croyant. On pourrait alors considérer que les pensées non cartésiennes ne s'appuient pas d'abord sur les faits ou sur la réalité observable, mais sur l'intuition, la foi ou la conviction intérieure.
Pourtant, cette opposition mérite d'être nuancée.💫✨
La philosophie de Descartes repose avant tout sur le doute méthodique et non sur un doute définitif. Il remet en question les informations fournies par les sens, mais également celles issues de l'imagination. Il observe que lorsque nous croyons quelque chose, ce ne sont ni nos yeux ni nos mains qui croient : 𝐜'𝐞𝐬𝐭 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐯𝐨𝐥𝐨𝐧𝐭𝐞́ 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐞́𝐜𝐢𝐝𝐞 𝐝'𝐚𝐜𝐜𝐨𝐫𝐝𝐞𝐫 𝐨𝐮 𝐧𝐨𝐧 𝐬𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐢𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐜𝐞𝐯𝐨𝐧𝐬.
Or, Descartes constate un déséquilibre fondamental : notre volonté semble illimitée, tandis que notre capacité de compréhension demeure limitée. L’être humain ressemble alors à un auteur qui rédigerait une encyclopédie sans posséder toutes les connaissances nécessaires, décidant arbitrairement de ce qui est vrai ou faux. Une telle situation ne peut conduire qu’à l’erreur.💥🌑
Pour Descartes, la perception n’est donc qu’un maillon parmi d’autres dans la chaîne qui produit les erreurs. Son originalité consiste à remettre en question l’ensemble du processus de connaissance plutôt que de se méfier uniquement des sens. On pourrait objecter qu’en rejetant toutes les sources possibles de connaissance, on finit par ne plus rien savoir du tout. Mais ce serait méconnaître la nature du doute cartésien.
En effet, le doute chez Descartes n’est ni définitif ni sceptique. Il est provisoire et méthodique. Il ne constitue pas une fin en soi, mais un moyen de parvenir à une certitude indubitable. C’est ainsi qu’il découvre sa première vérité fondamentale : « 𝗝𝗲 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲, 𝗱𝗼𝗻𝗰 𝗷𝗲 𝘀𝘂𝗶𝘀 » (Cogito, ergo sum).
À partir de cette certitude, les sens retrouvent leur place, mais une place limitée. Ils deviennent des intermédiaires entre la conscience et le monde extérieur. Indispensables pour nous informer sur la réalité, ils n’en fournissent toutefois qu’une représentation imparfaite, filtrée par les structures de notre entendement.
Ainsi, Descartes ne croit pas aveuglément ce qu’il voit. La perception constitue une source d’information précieuse, mais celle-ci doit être soumise à l’examen critique de la raison avant d’être acceptée comme vraie. C’est là que s'amorce une nouvelle manière de concevoir la connaissance et le monde, qui marquera profondément la modernité. Désormais, connaître ne consiste plus à accumuler passivement des observations, mais à exercer un travail critique de la pensée sur les informations fournies par les sens.
Être cartésien, ce n’est donc pas refuser de croire ; c’est refuser de croire sans examen. C’est faire de la raison le juge de nos certitudes afin de distinguer ce qui est simplement perçu de ce qui peut être véritablement connu.
Pendant longtemps, je me suis reconnue dans cette démarche. J'avais besoin de comprendre, d'analyser, d'expliquer. Le célèbre « Je pense, donc je suis » résonnait profondément en moi. Penser était une manière d'exister et de donner du sens au monde. 🩷🍀🌎
Puis, la vie m'a confrontée à des expériences, des bouleversements et des questionnements auxquels la seule raison ne pouvait répondre. Peu à peu, sans renier ce que le cartésianisme m'avait apporté, j'ai découvert une autre forme de présence au monde. 🙏🌟
J'ai compris que tout ne pouvait être réduit à l'explication, que certaines vérités se vivent davantage qu'elles ne se démontrent. J'ai appris à moins vouloir saisir et davantage accueillir, à moins analyser et davantage ressentir.
Alors, du « Je pense, donc je suis », je suis passée à quelque chose de plus simple encore : 𝐉𝐞 𝐬𝐮𝐢𝐬.
Simplement.
Sans avoir besoin de tout comprendre.
Sans avoir besoin de tout justifier.
Sans avoir besoin de tout maîtriser.
Aujourd'hui, je continue d'aimer la raison, mais je lui reconnais ses limites. Là où autrefois je cherchais avant tout des réponses, je laisse désormais une place à l'expérience, à l'intuition et au mystère de l'existence.
Car parfois, 𝘃𝗶𝘃𝗿𝗲 𝗽𝗹𝗲𝗶𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗻𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗶𝘀𝘁𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮̀ 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗲𝘅𝗽𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲𝗿, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮̀ 𝘀𝗶𝗺𝗽𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗘̂𝗧𝗥𝗘.
Marjorie Dinkel