15/08/2026
FORMATION CONTINUE : Le test de compatibilité dans le système ABO —
Presenté par M. Ibrahima Sory CONDE, lisence de biologie médicale.
Le test de compatibilité ABO, souvent appelé épreuve de compatibilité au lit du malade ou contrôle ultime prétransfusionnel selon le contexte, vise à prévenir une transfusion ABO incompatible, accident potentiellement très grave.
1. Rappel du système ABO
Le système ABO repose sur les antigènes A et B présents à la surface des globules rouges et sur les anticorps anti-A et/ou anti-B présents dans le plasma.
Groupe Antigènes sur les GR Anticorps plasmatiques
A A anti-B
B B anti-A
AB A et B aucun anti-A/anti-B
O aucun A/B anti-A et anti-B
Principe fondamental
Lors d'une transfusion de concentrés de globules rouges (CGR), il ne faut pas apporter au receveur des globules rouges portant un antigène contre lequel son plasma possède des anticorps.
Par exemple :
Patient groupe A → possède des anticorps anti-B → il ne doit pas recevoir de globules rouges B ou AB.
2. Compatibilité ABO pour les concentrés de globules rouges
Receveur Peut recevoir des CGR
O O
A A ou O
B B ou O
AB AB, A, B ou O
Ainsi, pour les globules rouges, le groupe O est classiquement considéré comme donneur universel ABO et le groupe AB comme receveur universel ABO. En pratique, il faut également tenir compte du Rhésus, des autres groupes sanguins et des résultats de la recherche d'anticorps irréguliers.
3. Principe du test de compatibilité ABO
Le contrôle ultime ABO consiste à vérifier séparément :
les globules rouges du patient ;
les globules rouges de la poche à transfuser.
Ils sont mis en présence de réactifs anti-A et anti-B.
On recherche une agglutination.
Lecture
Réaction Anti-A Anti-B Groupe
Agglutination + − A
Agglutination − + B
Agglutination + + AB
Agglutination − − O
Exemple : si les globules rouges du patient agglutinent avec l'anti-A mais pas avec l'anti-B, le patient est de groupe A.
Si la poche présente exactement le même profil, elle est également A : la compatibilité ABO est cohérente.
Une poche O pourrait également être compatible avec ce patient A pour une transfusion de CGR, sous réserve des autres règles transfusionnelles.
4. Rôle de l'infirmier
Avant toute transfusion, l'infirmier doit respecter rigoureusement la procédure locale. Les points essentiels sont :
1. Identifier formellement le patient : identité déclarée lorsque possible et concordance avec le bracelet/dossier.
2. Vérifier la prescription et les documents transfusionnels.
3. Vérifier le groupe sanguin et les examens immuno-hématologiques requis.
4. Contrôler la poche : numéro, groupe ABO/Rh, type de produit, date de péremption, intégrité et aspect.
5. Vérifier la concordance patient–documents–poche.
6. Réaliser le contrôle ultime prétransfusionnel au lit du patient, lorsqu'il est requis, immédiatement avant la transfusion.
7. Ne jamais transfuser en cas de résultat douteux, discordant ou non interprétable. Contacter immédiatement le service de transfusion ou le médecin responsable.
5. Pourquoi une erreur ABO est-elle dangereuse ?
Si, par exemple, un patient A reçoit par erreur des globules rouges B, ses anticorps anti-B peuvent provoquer une destruction rapide des globules rouges transfusés.
Il peut survenir une réaction hémolytique aiguë intravasculaire, avec notamment malaise, fièvre/frissons, douleur lombaire ou thoracique, hypotension, hémoglobinurie, insuffisance rénale, CIVD, choc, voire décès.
Chez un patient inconscient ou anesthésié, les manifestations peuvent être moins évidentes : hypotension, saignement anormal, hémoglobinurie doivent notamment alerter.
À retenir pour les étudiants infirmiers
La sécurité transfusionnelle repose d'abord sur l'identification. Un test correctement réalisé sur le mauvais patient ou la mauvaise poche ne protège pas contre l'accident transfusionnel.
Et devant toute discordance : on ne transfuse pas.