14/10/2026
Et si, pour une fois, notre gouvernement choisissait de prévenir plutôt que de punir ?
Je lis aujourd'hui qu'à la suite des événements que traverse notre île, le gouvernement envisage d'abaisser de 14 à 12 ans l'âge permettant la détention et la poursuite de mineurs.
Et je m'interroge profondément.
Nous savons aujourd'hui, grâce aux neurosciences, que le cerveau continue de se développer jusque dans la vingtaine, notamment les régions impliquées dans la régulation émotionnelle, l'anticipation des conséquences, le contrôle des impulsions et la prise de décision.
Et pourtant, nous attendons de nos enfants de 12 ans qu'ils fassent preuve d'un discernement et d'une maîtrise de soi que nos propres autorités, composées d'adultes, ne semblent pas toujours capables d'exercer dans leurs décisions.
Je ne cherche absolument pas à justifier les violences, les destructions ou les comportements dangereux. Ces actes ont des conséquences réelles et nécessitent des réponses.
Mais la responsabilité ne devrait pas être synonyme de répression et de punition systématiques.
Ce qui me questionne profondément, c'est cette tendance de nos autorités à attendre que les situations deviennent catastrophiques avant de réagir.
Pourquoi faut-il attendre que des enfants participent à des émeutes pour s'interroger sur leur encadrement, leur accompagnement, leur environnement et leur avenir ?
Pourquoi notre gouvernement semble-t-il si souvent fonctionner dans la réaction plutôt que dans la prévention et l'anticipation ?
Pourquoi ne pas investir davantage, en amont, dans la santé mentale, l'éducation émotionnelle, le soutien à la parentalité, les interventions psychosociales, les activités éducatives et créatives, et l'accompagnement des jeunes en difficulté ?
Et aujourd'hui, face aux jeunes qui ont été arrêtés, pourquoi ne pas envisager également d'autres réponses ?
Pourquoi ne pas mettre en place, pour chaque jeune concerné, une évaluation individuelle et, lorsque cela est nécessaire, un véritable programme d'accompagnement psychologique, éducatif et familial, financé par l'État ?
Un accompagnement qui ne se limiterait pas à quelques rencontres, mais qui s'inscrirait dans la durée.
Un suivi qui permettrait de comprendre ce qui a conduit ce jeune à agir ainsi, de l'aider à développer ses capacités de réflexion, de discernement, de régulation émotionnelle et de résolution des conflits.
Un accompagnement qui inclurait aussi sa famille, lorsque cela est approprié, pour comprendre les difficultés rencontrées, renforcer les relations, soutenir les parents et permettre à chacun de retrouver des ressources.
Pourquoi ne pas envisager également des démarches de réparation, de responsabilisation et de justice restaurative, lorsque les conditions le permettent ?
Responsabiliser un enfant, ce n'est pas uniquement le punir. C'est aussi lui donner les moyens de comprendre ses actes, d'en mesurer les conséquences et d'apprendre à agir autrement.
Bien sûr, toutes les situations sont différentes. Tous les jeunes n'ont pas les mêmes besoins, ni les mêmes histoires, ni les mêmes difficultés. C'est précisément pour cela qu'une réponse uniquement punitive et généralisée ne peut pas constituer une véritable politique d'accompagnement.
Et surtout, ces solutions ne sont pas à inventer de toutes pièces !
À Maurice, nous avons des psychologues, des thérapeutes, des éducateurs, des travailleurs sociaux, des associations, des ONG et des professionnels qui connaissent les réalités du terrain, les difficultés des familles et les besoins de notre jeunesse.
Écoutez-les. Consultez-les. Associez-les aux décisions. Donnez-leur les moyens de travailler.
Débloquez des financements pour des suivis accessibles, réguliers et durables. Renforcez les équipes existantes. Développez des programmes de prévention dans les écoles, les quartiers et les communautés. Soutenez les familles avant qu'elles ne se retrouvent dans des situations de crise.
Il existe des compétences, des connaissances, des expériences et des solutions. Encore faut-il avoir la volonté politique de les mobiliser.
Nous avons besoin d'une véritable politique de prévention, pensée, financée, coordonnée et construite dans la durée. Pas uniquement de mesures décidées dans l'urgence lorsque la situation devient incontrôlable.
Nos dirigeants ont une responsabilité particulière : celle d'anticiper les difficultés sociales, de soutenir les dispositifs existants, d'écouter les professionnels de terrain et de créer les conditions nécessaires au développement et au bien-être de notre jeunesse.
Nous ne pouvons pas continuellement demander à nos enfants de réfléchir avant d'agir si les autorités qui les gouvernent semblent elles-mêmes attendre que les conséquences soient dramatiques avant de réfléchir aux solutions.
Nos enfants ont besoin d'un cadre, oui. Mais ils ont aussi besoin d'écoute, de sécurité, d'accompagnement, de perspectives et d'adultes capables de penser à leur avenir avant qu'il ne soit trop t**d.
Abaisser l'âge auquel un enfant peut être détenu ou poursuivi ne répond pas aux causes profondes de ces comportements. Cela ne résout ni les difficultés familiales, ni les vulnérabilités sociales, ni les besoins psychologiques, éducatifs et émotionnels de ces jeunes.
Et si notre gouvernement consacrait enfin autant d'énergie, de moyens et de volonté politique à prévenir les difficultés, à accompagner les jeunes et à soutenir leurs familles qu'à renforcer les sanctions une fois les dégâts constatés ?
La prévention n'est pas une faiblesse. L'accompagnement n'est pas de la complaisance. Et la responsabilisation ne devrait jamais exclure la possibilité d'apprendre, de réparer et de se reconstruire.
Notre jeunesse mauricienne mérite mieux qu'une politique qui attend la crise pour reagir.
Nous méritons tous mieux !