31/08/2026
Cela fait plusieurs années que je me dis qu’un jour, j’écrirai au Président du Pays pour partager cette réflexion.
Je me souviens notamment d’une conférence de Thomas d'Ansembourg en Polynésie. La présence de membres du gouvernement m’avait marquée : je m’étais dit qu’il existait peut-être un espace pour faire dialoguer développement humain, prévention, éducation et action publique.
Puis j’ai laissé cette idée de côté. Peut-être parce que j’imaginais qu’il fallait forcément un dossier, le bon interlocuteur, le bon moment…
Et puis j’ai découvert Mana’o, une initiative de recueil d’idées citoyennes portée par le Gouvernement de la Polynésie française pour contribuer à l’amélioration de l’action publique du Pays.
Alors j’ai décidé d’envoyer cette proposition :
POLYNÉSIE À HAUTEUR D’ENFANT.
Elle est le résultat de plusieurs années de cheminement personnel et professionnel.
Pendant longtemps, j’ai cherché des méthodes et des outils pour mieux accompagner les enfants et les adolescents. Jusqu’à comprendre que, derrière les outils, il y avait quelque chose de beaucoup plus profond : notre regard sur l’enfant.
La manière dont nous interprétons ses comportements influence notre façon de lui parler, de poser un cadre, d’exercer notre autorité, mais aussi la manière dont nous concevons l’école, les espaces publics, la prévention… et finalement la place que nous lui accordons dans notre société.
En découvrant notamment le travail de Marion Cuerq sur la Suède, j’ai compris qu’une norme sociale profondément installée pouvait réellement évoluer en quelques générations. La Suède ne s’est pas transformée uniquement en votant une loi : le changement a été accompagné par l’école, les professionnels, les familles, les médias et une vaste politique de sensibilisation jusque dans la vie quotidienne.
Et aujourd’hui, ce mouvement existe aussi en France.
L’ADEME a publié en 2024 le guide « Faire la taille : pour des territoires à hauteur d’enfants », construit à partir de l’analyse de 13 projets et intégrant directement les pratiques et propositions des enfants. En 2026, l’UNICEF France a également lancé « Penser la ville à hauteur d’enfant », avec l’ambition de replacer les droits de l’enfant au cœur des politiques locales.
Alors évidemment, la Polynésie n’inventerait pas ce mouvement.
Mais elle pourrait le rejoindre et peut-être contribuer à l’emmener plus loin.
Pas seulement en repensant l’espace public, mais en travaillant aussi sur nos représentations de l’enfant, la prévention des violences, les relations éducatives, la santé, la participation des enfants aux décisions qui les concernent et les environnements dans lesquels ils grandissent.
Cette réflexion pourrait évidemment dépasser largement la Polynésie et nourrir une démarche nationale. Mais je trouverais particulièrement fort que le territoire de la Polynésie fasse partie de ceux qui choisissent d’expérimenter cette évolution, avec ses cultures, ses langues, ses archipels et ses réalités.
Et notre échelle peut aussi devenir une force : non parce qu’un territoire plus restreint serait automatiquement plus facile à transformer, mais parce qu’elle peut permettre d’expérimenter, de relier plus facilement les acteurs, de rendre une campagne collective très visible, puis d’évaluer et d’ajuster ce qui fonctionne.
Car l’enfance n’est pas seulement une question d’éducation.
C’est aussi une question de prévention, de santé et de société.
Il ne s’agit pas de dire que tout vient de l’enfance. Ce serait scientifiquement faux. Mais nous savons aujourd’hui suffisamment de choses sur les conséquences possibles des violences, du stress chronique et des expériences adverses vécues pendant l’enfance pour nous poser aussi cette question :
Et si, parallèlement à tout ce que nous faisons pour soigner, réparer et accompagner les difficultés lorsqu’elles sont déjà installées, nous investissions davantage dans les conditions dans lesquelles grandissent les enfants ?
C’est finalement la question que j’ai voulu déposer dans Mana’o :
Quelle enfance voulons-nous rendre normale en Polynésie dans vingt ou trente ans ?
Et peut-être qu’un jour, certaines pratiques encore banalisées aujourd’hui paraîtront tellement étrangères aux nouvelles générations qu’un enfant nous demandera simplement :
« Mais pourquoi les adultes faisaient ça aux enfants ? »
Ce jour-là, quelque chose aura profondément changé. 🌿
Tiffany Di Cola
Contribution citoyenne déposée via Mana’o.
𝘓𝘦𝘴 𝘱𝘳𝘪𝘯𝘤𝘪𝘱𝘢𝘭𝘦𝘴 𝘴𝘰𝘶𝘳𝘤𝘦𝘴 𝘦𝘵 𝘳𝘦𝘴𝘴𝘰𝘶𝘳𝘤𝘦𝘴 𝘢𝘺𝘢𝘯𝘵 𝘯𝘰𝘶𝘳𝘳𝘪 𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘳𝘦́𝘧𝘭𝘦𝘹𝘪𝘰𝘯 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘥𝘪𝘴𝘱𝘰𝘯𝘪𝘣𝘭𝘦𝘴 𝘦𝘯 𝘱𝘳𝘦𝘮𝘪𝘦𝘳 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦.