23/08/2026
Aimer quelqu’un ne signifie pas avoir besoin de lui pour se sentir entier.
On confond souvent l’intensité des émotions avec la profondeur de l’amour. Penser à l’autre constamment, attendre ses messages, avoir besoin d’être rassuré, avoir peur qu’il parte, supporter des choses que l’on n’accepterait pas ailleurs et se dire : « Si je ressens tout ça, c’est que je l’aime vraiment. »
Non, pas forcément, rarement même ! L’intensité peut aussi être notre système d’attachement qui cherche à retrouver de la sécurité. La dépendance affective peut alors prendre le visage de l’amour et la vraie question devient alors : Qu’est-ce que cette relation vient chercher en moi ?
Depuis l’Antiquité, l’amour est associé à cette recherche d’unité. Dans Le Banquet, Platon raconte à travers Aristophane le mythe de deux êtres séparés qui cherchent leur moitié. Cette image nous est restée et alors aimer serait retrouver celui ou celle qui nous complète. Mais pour moi, il y a une autre vision de l’union qui me parle davantage.
La Hierogamie ou le concept de l’union sacrée, qui évoque la rencontre de deux êtres qui peuvent s’unir sans cesser d’être eux-mêmes et dans Le Prophète, Khalil Gibran écrit : « Que les espaces soient dans votre union. » Il compare les êtres aux colonnes d’un temple, elles soutiennent le même édifice, mais restent séparées.
Tout comme Le chêne et l’olivier poussent ensemble, à la juste distance, assez proches pour partager le même paysage, assez éloignés pour ne pas se faire d’ombre et laisser chacun grandir.
Mais parce qu’une véritable union demande aussi un travail intérieur, à son tour Carl Jung nous invite à rencontrer notre part d’ombre. Regarder nos blessures, nos peurs, nos projections, ce que nous préférons parfois ne pas voir de nous-mêmes. Alors, nous n’avons pas besoin d’être parfaitement « réparé » mais juste un peu conscient pour éviter de demander à l’autre de porter ce qui nous appartient.
Aimer, c’est aussi pouvoir dire: Ceci est ma peur, ceci est ma blessure, ceci est mon histoire et elle ne devient pas automatiquement la tienne.
Deux personnes peuvent alors être profondément liées et conserver leur monde intérieur, leurs projets, leurs silences, leurs différences… tout en continuant à se choisir. Je suis moi, tu es toi et nous construisons quelque chose ensemble.
Le vide en nous n’est pas quelque chose que l’autre doit remplir. Il devient un espace à habiter, à comprendre et à apprivoiser. Une relation ne nous sauve pas de nous-mêmes, en revanche, elle peut devenir l’endroit où deux personnes qui ont accepté de se rencontrer elles-mêmes peuvent grandir ensemble, sans se faire de l’ombre.
Être deux sans se perdre.
Être proches sans se posséder.
S’aimer sans demander à l’autre de nous sauver.