11/10/2026
Depuis un an, j'écoute des parents me parler de leurs enfants.
Mais ce qui me frappe, c'est la place qu'ils s'accordent⊠ou plutÎt celle qu'ils ne s'accordent plus.
La plupart du temps, ils viennent au cabinet pour chercher de l'aide face aux difficultés que rencontre leur enfant. Rarement pour eux.
Et souvent, ils imaginent que c'est moi qui vais leur apporter la solution.
Mais pour accompagner leur enfant, j'ai besoin d'eux.
Ce sont eux les experts de leur réalité. Pas moi.
Mon rÎle n'est pas de leur dire ce qu'ils doivent faire, mais de construire avec eux un accompagnement adapté à leur enfant et à leur quotidien.
C'est pourquoi, dÚs la premiÚre rencontre, je leur propose un temps d'échange sans leur enfant.
Un temps pour me raconter le contexte, les difficultés rencontrées, leurs inquiétudes.
Mais aussi pour parler librement, sans avoir Ă peser leurs mots devant leur enfant.
Ce choix les surprend souvent.
Comme s'ils ne s'attendaient pas Ă avoir, eux aussi, une place dans cet accompagnement.
Et pourtant, cette place est essentielle.
Non pas pour leur demander d'en faire davantage, mais parce qu'ils ne sont pas de simples spectateurs : ils participent pleinement Ă l'accompagnement de leur enfant.
Toutes les quatre séances, je réserve également un temps de bilan individuel de 45 minutes avec le parent seul.
Et trÚs souvent, les émotions s'invitent.
Les mots sortent. Les doutes et les questions émergent. Les larmes parfois aussi.
Puis, j'observe un changement.
Les épaules se relùchent. Le visage se détend. La respiration s'apaise.
Pourtant, la situation n'a pas changé.
Les difficultés sont toujours là .
Mais ce qu'ils traversent a pu ĂȘtre exprimĂ©, entendu et reconnu.
Et parfois, cela fait déjà une différence.
Au fil de ces échanges, je mesure aussi ce qu'ils portent au quotidien :
⹠La pression qu'ils ressentent de devoir tout gérer, tout anticiper, toujours trouver les bonnes réponses.
âą Cette impression de devoir tenir, de rester solides coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme lorsqu'ils se sentent dĂ©passĂ©s.
âą La solitude qu'ils Ă©voquent parfois face aux difficultĂ©s, mĂȘme lorsqu'ils sont entourĂ©s.
âą Et cette exigence qu'ils s'imposent d'ĂȘtre toujours patients, disponibles, Ă l'Ă©coute, mĂȘme lorsque leurs propres ressources s'Ă©puisent.
Cette premiÚre année m'a appris combien il est important, lorsqu'on accompagne un enfant, de ne pas oublier ses parents.
Car avant d'ĂȘtre celui qui rassure, contient et soutient, il y a une personne qui a parfois besoin, elle aussi, d'un espace pour exister. đ