17/05/2026
y a t’il similitude entre l’évitement et le potentiel attractif Lü du Tai Ji Quan (éléments de réponses à des pratiquants )
Après avoir défini brièvement l’évitement dans le domaine de la psychologie, et succinctement rappelé les principes maîtres du Tai Ji Quan, je donnerai quelques pistes de réponses.
1. L’évitement en psychologie : l'évitement est une stratégie d'adaptation mise en place pour ne pas se trouver confronté avec un facteur de stress.
L'évitement est l'action de se soustraire à la confrontation avec un élément, une entité ou une notion, souvent considéré comme une stratégie contre-productive en psychologie. « La stratégie de l'évitement est classique en psychologie. Elle est contre-productive. Plus on évite d'affronter un problème réel, plus notre peur du problème augmente, plus le problème paraît insurmontable, plus on devient dysfonctionnel. »— Jean-François Lisée, Qui veut la peau du Parti québécois -
2. le Tai ji quan est un Art relationnel, un Art de l’altérité et la technique seule le rend inopérant si on se positionne sur le plan du grandir et du développement de la maturité psychique de chacun
▪ le TJQ propose de conscientiser notre espace personnel, notre sphère - « jusque ici et pas plus loin », en alignant autant que possible nos trois centres énergétiques sur un axe Ciel Terre : dan tian ou champ de cinabre - inférieur (source de la vitalité et des fondations) -médian (coeur et émotions) -supérieur (shen, conscience, âme...). Tout cela soumis à des ajustements liés aux influences énergétiques temporelles cycliques (rien n’est fixe, l’ajustement est le maitre mot).
▪ En concomitance, il invite à sortir d’un positionnement auto centré sur soi, à regarder ce qui se joue dans l’espace relationnel entre Soi et l’Autre. Ainsi il nous ouvre la vision périphérique et accroît notre capacité à voir de plus haut, plus loin, dans un panorama élargi insérant l’Autre, qui devient notre Miroir, celui qui nous renvoie l’attitude énergétique dans laquelle nous sommes et ce que nous émettons. Dans l’échange peuvent remonter et apparaître des aspects de nous méconnus, des aveuglements sur nous mêmes, qui nous piègent dans des réactions, des rôles inconscients.
Peu à peu, répétitions après répétitions, le geste se peaufine plus ajusté à la situation intérieure (coeur plus apaisé, émotions, pensées, mouvements du corps mieux équilibrés) et à la situation extérieure amenée par le partenaire. La gestuelle ne trompe pas et révèle notre état intérieur dans la relation d’altérité.
Les pratiques avec partenaire nous révèlent à nous grâce au jeu de miroir offert par l’altérité. De là nait une capacité plus grande à prendre du recul sur nos comportements, à discerner nos combines intérieures.
3. Le TJQ fait référence à 8 potentiels énergétiques, qui identifient des émissions- réceptions de mouvements en perpétuelles transformations. Ils s’appliquent dans toutes les formes – lentes TAOLU , rapides , armes et à fortiori dans les entraînements avec partenaires tels le Tui Shou, le San shou etc
Les 8 potentiels sont parer -Peng-, attirer dans le vide Lü, presser Ji, repousser An, tordre vers le bas Caï, séparer-fendre Lieh, coup de coude Zhou, coup d’épaule Hao.
4. Lü est un des 8 potentiels énergétiques du TJQ ; Il consiste à créer un vide devant l’attaque, ce qui a pour effet d’absorber l’énergie arrivant du partenaire Le plein est avalé, attiré dans le vide.
Antoine Li le définit par « potentiel attractif (action des mains ou des bras pour déséquilibrer l’adversaire » source lexique FFAEMC
C’est bien le partenaire qui est responsable de l’envoi d’énergie du mouvement et non celui qui reçoit.
En cela on cherche bien dans le potentiel Lu à éviter quelque chose qui arrive sur nous et qui est source de stress ou de désagréments. Et ce
• en accueillant dans un secteur n’affectant pas notre axe et nos centres énergétiques et vitaux,
• sans résistance pour ne pas alimenter le trop plein parfois agressif et sans s’agripper à ce qui arrive,
• ce qui nécessite une gestion émotionnelle, une vacuité du Coeur
5. Hors des situations d’apprentissage du TJQ, dans le quotidien nous sommes en général davantage soumis aux agressions verbales, aux sauts de mauvaise humeur, à la colère rentrée qu’aux attaques physiques.
Par analogie, nous pouvons adopter les configurations expérimentées « 10000 fois » en cours de TJQ.
6. Pour approfondir l’interface entre le potentiel Lü et le principe d’évitement, j’ai questionné j’ai consulté le Yi Jing et tiré l’hexagramme 38 (wen.fr) qui m’a amené les éclairages suivants que je vous livre :
l’hexagramme 38 Le conflit, la divergence : le feu en haut et la brume en bas : le feu éclaire vers le haut mais n’éclaire pas ce qu’on devrait voir de confus et brumeux en nous et nous emmène dans un embourbement.
Voilà ce que l’hexagramme nous suggère :
▪ « Dans cette situation, chacun, prisonnier de son regard et de son apparence, ne perçoit que son propre reflet. Kui symbolise cette rencontre paradoxale où les regards ne se croisent que pour rester obstinément fixés chacun sur son image ».
▪ « Dans ces désaccords apparents, une opportunité se dessine en filigrane. Plutôt que de chercher à imposer notre point de vue ou notre rythme avec rigidité, Kui – divergence- nous propose de jouer avec l’altérité. Il s’agit d’accepter l’invitation à entrer danser la ronde avec l’inconnu, à entendre la mélodie de l’autre. »
⇒ Interprétation en TJQ : importance de cultiver le lien avec l’autre et de ne pas rompre le lien qui est notre sauvegarde, l’autre nous éclairant sur nous même. C’est l’apprentissage du Tui Shou, les mains collantes, tout l’Art étant de rester en contact avec l’autre, sans l’agripper, sans l’attacher.
Le système de Tui shou à 4 mains éclaire les deux partenaires comme un unique système fonctionnant dans une dynamique d’engendrement et de contrôle mutuel, un équilibre en mouvement qui se joue entre Soi et l’Autre.
▪ « L’ouverture à l’autre préconisée par Kui ne signifie pas l’abandon de nos convictions personnelles. »
⇒ Interprétation en TJQ : ne pas s’oublier dans la relation, ne pas perdre ses fondations, son axe, sa dignité.
Si on reprend la question « Le principe Lü est il comme le principe d’évitement en psychologie :
◦ il y a bien une technique d’évitement en se déplaçant de côté ou et en laissant le geste s‘engouffrer dans le vide créé par non résistance, par non confrontation soit car ce qui arrive nous paraît être une énergie défavorable, soit parce que nous ne sommes pas en terrain favorable. L’agression n’étant pas vécue de plein fouet, nous avons le loisir de changer d’angle de vision et d’approcher avec plus de compréhension ce qui se joue entre l’Autre et nous (besoin d’être considéré, vu, entendu, souffrance, projection, etc).
◦ Toutefois le principe Lü n’implique pas la séparation d’avec l’autre : un autre potentiel prend la relève et la danse de l’altérité continue. On ne lâche pas l’Autre et on ne s’y soustrait pas. On ne se détourne pas de cet Ami miroir de nous même dans la relation : on ne rompt pas le lien à l’autre et à Soi, on affronte le regard et la vision de soi même dans le rapport à l’autre. On ne feint pas de laisser passer le geste de l’autre en pensant que l’on n’est pas affecté, on observe ce qui se passe en nous lors des échanges.
En conclusion je dirais que le potentiel énergétique Lü s’il emprunte très partiellement la notion d’évitement décrit en psychologie, ne se limite pas du tout à ce concept de comportement d’évitement qui au final se retourne sur la personne en renforçant sa peur du problème.
Le potentiel lü peut s’appliquer à un instant T sur un terrain défavorable pour notre intégrité, et nous ouvrir de meilleures possibilités dans la danse avec l’autre en alternant avec un autre potentiel énergétique permettant une relation plus équilibrée et préservant la dignité de chacun (régulation entre cycle d ‘engendrement et de contrôle permettant une homéostasie à deux)
Grâce à cela, nous gagnons en Harmonie Relationnelle en TJQ et dans la Vie.